Interview de Djeynee [Paris, France]

Une des pionnières de la danse orientale tribale a eu la gentillesse de répondre à nos questions. Tribal Umrah Festival est son initiative et le projet qu’elle porte depuis de nombreuses années. (Interview réalisée avec le festival 2013 à Marseille).

Lucie : Djeynee est un joli nom, d’où vient-il ?
Djeynee : Ayant souvent vécu à l’étranger, Geneviève est un prénom typiquement français difficile à prononcer pour les étrangers. On m’a alors souvent prénomé « Djéni » ou « Ièp » ou autres. Quand j’ai commencé la danse orientale tribale américaine, je me suis présentée Outre Atlantique comme « Jeny » pour faciliter les choses. Et puis, j’ai voulu que les francophones le prononce à l’anglosaxone, alors je l’ai orthographié D.J.E.Y.N.E.E.
Lucie : Vous avez découvert l’ATS (American Tribal Style) en 2006, vous suiviez à l’époque des cours de danse orientale, qu’est ce qui vous a attiré dans cette danse ?
Djeynee : En fait j’ai découvert l’ATS en 2007 lorsque j’ai rencontré Amy Sigil. C’est elle qui m’a enseigné pour la première fois le système de « lead and follow ». Avant cela, en 2005 et 2006 j’ai fait deux stages de danse orientale tribale fusion, le premier avec Sharon Kihara et le second avec Rachel Brice. Ce qui m’a attiré dans le style orientale tribal fusion fut en premier lieu les costumes, l’esthétique et les mouvements serpentins. Ensuite, j’ai rencontré physiquement ces professeurs et j’ai été profondément touché par leur générosité, leur simplicité et leur technique. Pour finir, étant également une enfant du monde ayant traversé plusieurs continents dès le plus jeune âge, j’écoutais déjà de la world music et je dansais la danse orientale sur de la musique occidentale. Je n’avais pas de frontière, la Terre était mon clocher. Ma vie avait déjà été construite sur le mélange des cultures. Par ailleurs, j’adorais la danse orientale mais je ne me sentais pas complètement légitime. Ce nouveau style était tout simplement toute ma vie : un voyage à travers les cultures des peuples, un mélange musicale, une liberté d’agir.
Lucie : Parmi les différents style de la danse orientale tribal, quel est celui qui vous correspond ?
Djeynee : Très certainement d’abord l’improvisation de style tribale. Je ne suis pas une soliste, j’aime m’amuser avec mes amies. L’improvisation semi-synchronisée me permet tout ça. Ensuite, le style tribale fusion jazz/contemporain parce que c’est la danse que je pratique en solo ou en duo.

 

Lucie : Quels sont les artistes, les danses qui vous inspirent ?
Djeynee : Dans le style orientale tribale : Amy Sigil, sans conteste, pour son immense générosité, son génie créatif, sa liberté de pensée. Ensuite Morgana de Madrid, pour sa force et sa beauté. Dans le style orientale : Leilla Haddad, pour ses combats et sa longétivité, Melisdjane Sezer pour tout ce qu’elle est et ce qu’elle sait, Virginie Recolin pour la sobriété de sa danse et de son être, May Kazan parce que je suis une grande adoratrice de son baladi et enfin Lolie parce que c’est mon grand coup de coeur à moi. Les autres danses qui m’inspirent : sans hésiter le hip-hop. Je fustige d’avoir eu 20 ans trop tôt. Les danses balinaises, parce qu’elle sont une partie de ma vie. Les danses traditionnelles dansées par les anciens, parce que leurs mouvements sont simples et d’une immense beauté. Enfin, la danse contemporaine et le modern-jazz pour la perfection des lignes, le sens de la danse et la perfection technique au service de l’Art.
Lucie : Vous avez créé le tribal umrah festival, quelles ont été vos motivations ?
Djeynee : La jalousie !!! Je voulais que Chuck et Kajira importe le Tribal Fest en Europe puisque je pensais ne jamais pouvoir y aller. Et puis, j’ai rencontré Amy Sigil et je suis allée au Tribal Fest. C’est elle qui m’a insufflé l’envie de créer un festival en France.
Lucie : Comment choisissez vous les professeurs qui y enseigneront ?
Djeynee : Ne pouvant inviter tous les pionniers d’un coup (faute de moyens), je fais venir les pionniers petits à petits. Je donne donc la priorité aux pionniers américains, ceux qui ont créé ou fait notamment évoluer le style. Ensuite, en fonction de mes affinités et de mes rencontres, j’invite 1 ou 2 professeurs européen(s). Pour les professeurs français, ils doivent tous donner des cours réguliers dans leur région et ensuite, je les fais venir par ordre chronologique.
Lucie : Pourquoi avoir choisi Marseille pour le prochain tribal umrah festival qui aura lieu du 22 au 28 juillet 2013 ?
Djeynee : J’ai vécu 17ans à Nîmes. J’ai toujours adoré Marseille. Cette ville est dense, riche et cosmopolite. Quand je me promène dans un quartier cosmopolite, j’ai envie de pleurer : j’aime mon pays, je suis fière de ce mélange des cultures. Pour moi, c’est tellement important la rencontre. « si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente » disait Antoine de St Exypéry. Marseille est une évidence pour moi : la danse orientale style américaine à Marseille. La danse qui s’inspire de l’Orient et le re-définie. Marseille qui brasse tant de cultures et garde une forte identité. J’ai envie de remercier ces immigrants pour tout ce qu’ils apportent à notre pays en leur offrant à mon tour cet ode à leur culture. Enfin, Marseille sera en 2013 la capitale européenne de la culture. Quelle source d’inspiration pour nos artistes!!!
Lucie : En lisant vos articles, on ressent un véritable esprit d’équipe et de l’humilité au sein de la communauté tribale, n’avez vous pas peur qu’avec sa popularité croissante cet esprit change ?
Djeynee : La communauté de la danse orientale tribale est, comme je l’ai déjà dit, faite d’hommes et de femmes qui ne sont que des êtres humains : ils ont des qualités et des défauts. Ce n’est pas le pays des bisounours, mais ce qui prédomine c’est l’esprit de solidarité. Beaucoup de novices notent de manière significative cette solidarité. Celui qui s’en éloigne s’exclut de lui même à plus ou moins long terme.
Lucie : Si oui, que fait la communauté de danse orientale tribal française pour y remédier ?
Djeynee : Le processus est naturel, comme je viens de le dire plus haut. Pour ma part, afin de maintenir cet esprit, j’en parle en permanence dans mes cours et essaye de me l’appliquer à moi-même en premier. Ma communauté passe avant mes intérêts personnels, mais souvenez-vous : nulle n’est infaillible!
Lucie : N’ayant pas de diplôme « officiel » de danse orientale tribale, comment sont formés les différents professeurs en France ? Y a t’il un diplôme distribué par les pionniers comme Amy Sigil ?
Djeynee : Il n’y a aucune diplôme officiel pour quelque danse que ce soit en France à part la danse classique, la danse contemporaine et la danse jazz. Les professeurs en France se forme lors de stage ponctuels, de semaine intensive ou bien par les dvd et maintenant également les cours en ligne. Il existe des certifications depuis de nombreuses années en style ATS, par Carelena Nericcio, Paulette Rees Denis, Kajira Djoumanah. Amy Sigil a commencé en 2007 une certification « professeurs ». Rachel Brice a commencé en 2011 une certification « 8 éléments » basée sur le développement personnel et la connaissance de la danse.
Lucie : Quels sont vos projets pour l’avenir ?
Djeynee : Ouvrir un lieu d’accueil et de résidence pour la danse.

 

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